L'Oeil Curieux

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Tag - B.N.F. Mitterrand

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dimanche 22 janvier 2017

Grand écart

Difficile d'imaginer des photographies plus éloignées les unes des autres.
Difficile d'imaginer des photographes plus différents les uns des autres.

Pourtant Vincent Gouriou et Gardaf Hicham côtoient Richard Avedon, et leurs images d'aujourd'hui sont à la BNF avec les clichés d'antan du très mondain photographe américain.

Mon retour à la BNF était motivé par l'exposition des lauréats de la Bourse du Talent 2016.
Mais j'en ai profité pour voir celle sur Avedon, même si ses photographie ne sont pas dans les catégories que je préfère.

Avedon, c'est très "léché", du Noir et Blanc très maîtrisé.
Le photographe des gens connus, publié dans les revues les plus raffinées, comme Harper's Bazaar ou Egoïste.
Je mentirais en disant que je n'ai pas apprécié les portraits de célébrités ou que je suis resté insensible à l'élégance des photographies de mode.
Mais le plaisir reste finalement assez froid, distant.
Ce sont de belles photographies d'un autre monde, d'un monde qui ne m'attire pas vraiment.

J'ai malgré tout retenu deux images, vues, que je souhaite partager.

D'abord une sœur Emmanuelle, image joyeuse de la foi, vécue auprès des plus pauvres parmi les pauvres.

Richard Avedon - Egoïste - Soeur Emmanuelle
Richard Avedon - Egoïste - Soeur Emmanuelle

J'avais en tête un souvenir souriant de Soeur Emmanuelle et Jamel parlant arabe ensemble, et cette sœur Emmanuelle en train, me semble-t-il, de refréner un fou rire me l'a rappelé.



L'autre image est une belle coïncidence, comme le hasard facétieux sait nous les réserver.

Richard Avedon - Egoïste - Le cirque du Soleil
Richard Avedon - Egoïste - Le cirque du Soleil

Avec ces clowns du Cirque du Soleil, Avedon m'a transporté, pendant quelques instants, auprès de mon québécois de fils aîné, qui va bientôt exercer ses talents dans cette grande entreprise (mais pas comme clown semblerait-il).

Avec la Bourse du Talent, retour dans notre monde contemporain, avec les regards de jeunes photographes.
Comme Avedon, certains portent ce regard sur le monde de la mode, et ils ont été aussi récompensés avec le trophée #67 Mode.

J'ai préféré deux regards bien différents.

Le regard bienveillant, et empreint de tendresse, de Vincent Gouriou sur « Des familles », avec des hommes et des femmes qui vivent de profondes transformations dans leur vie, dans leur être le plus profond.

Vincent Gouriou « Des famille(s) » Sandrine et Frédérique
Vincent Gouriou « Des famille(s) »
Sandrine et Frédérique
Bourse du Talent #66 Portrait

Vincent Gouriou « des famille(s) » Mélanie
Vincent Gouriou « des famille(s) »
Mélanie
Bourse du Talent #66 Portrait

Le regard exploratoire d'Hicham Gardaf qui observe l'évolution du Maroc et l'expansion du tissu urbain.

Gardaf Hicham « Intersections »
Gardaf Hicham « Intersections »
Bourse du Talent #68 Espace Paysage Architecture

Gardaf Hicham « Intersections »
Gardaf Hicham « Intersections »
Bourse du Talent #68 Espace Paysage Architecture




dimanche 29 juin 2014

La beauté de l'attaque à l'acide

J'aime beaucoup les estampes.
Elles sont moins intimidantes que les tableaux ou les sculptures.
Elles nous laissent croire qu'elles pourraient être accrochées sur nos murs.
Elles racontent les rencontres d'un artisan et d'artistes.

Et quelles rencontres pour Aldo Crommelynck !
Tal Coat, Juan Miro, Le Corbusier, Alberto Giacometti, André Masson, Georges Braque… et surtout Picasso pour lequel il travaille presque exclusivement quand il installe, avec son frère Piero, un atelier de gravure à Mougins, proche de la maison du peintre.

Sa renommée attire les artistes de l'étranger, qui fréquentent l'atelier de la Rue de Grenelle.
Jim Dine lui rend un bel hommage en 1981.
Jim Dine A heart on the Rue de Grenelle, 1981
Jim Dine, A heart on the Rue de Grenelle, 1981

Jim Dine Paris Smiles in Darkness, 1976
Jim Dine, Paris Smiles in Darkness, 1976

Avec Jennifer Bartlett, il propose, en exploitant les caractéristiques propres à la gravure, une variation sur un même paysage, comme dans les cathédrales de Rouen de Monet.
Jennifer Bartlett, Bridge, boat, dog, 1997 © Jennifer Bartlett
Jennifer Bartlett, Bridge, boat, dog, 1997
© Jennifer Bartlett

Jennifer Bartlett, Bridge, boat, dog, 1997 © Jennifer Bartlett
Jennifer Bartlett, Bridge, boat, dog, 1997
© Jennifer Bartlett

Jennifer Bartlett, Bridge, boat, dog, 1997 © Jennifer Bartlett
Jennifer Bartlett, Bridge, boat, dog, 1997
© Jennifer Bartlett

Le clown de George Condo est étrangement enfantin, bien loin de la production habituelle de l'artiste américain.
George Condo Clown, 1989
George Condo, Clown, 1989

David Hockney rappelle, dans un facétieux face-profil, la place particulière de Picasso dans l'activité du graveur.
David Hockney The Student : Homage to Picasso, 1973
David Hockney, The Student : Homage to Picasso, 1973

David Hockney Simplified faces, 1973
David Hockney, Simplified faces, 1973

Alex Katz Man with pipe, 1984
Alex Katz, Man with pipe, 1984

L'ouverture d'un atelier à New York, en 1986, va déclencher de belles collaborations avec les artistes de la Pace Galerie, comme la série des « Sunliners » d'Ed Ruscha, d'une riche simplicité.
Ed Ruscha Sunliners, 1996
Ed Ruscha, Sunliners, 1996


dimanche 22 juin 2014

Un été meurtrier

Loin des images colorisées d'Apocalypse La 1ère Guerre mondiale et de sa bande-son hollywoodienne, la BNF nous propose de réfléchir aux quelques jours de l'été 1914 qui précipitèrent le monde dans la boucherie de la Grande Guerre.

Digression du jour
Je ne connais pas vos avis, mais je n'ai regardé que le 3ème volet de la série documentaire de France 2 et je n'ai pas souhaité voir les volets suivants.
J'ai l'impression qu'aujourd'hui, pour montrer des images d'archives au grand public, il faut le coloriser et le sonoriser pour le rendre plus digeste.
Comme si, d'une certaine façon, tout devait être montré comme une réalisation moderne.
Nul doute que mon âge avancé me permet de savoir que le cinéma a été muet, en noir et blanc et en 2 dimensions.
Je supporte donc très bien de voir un film de 1914 qui ne ressemble pas un documentaire HD d'aujourd'hui.
D'aucuns argumenteront que l'apport de la couleur permet de rendre visible des détails, comme le pantalon garance de nos poilus. Peut-être.
Toujours est-il que je n'ai pas apprécié ce montage d'explosions en couleurs avec sa bande-son survitaminée.
Vive les images sautillantes en N&B et muettes.
Fin de la digression du jour.

L'exposition, très riche, égrène les jours depuis l'assassinat de Sarajevo du 28 juin 1914 comme l'implacable décompte avant un gigantesque suicide collectif.
Assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche et de la duchesse sa femme à Sarajevo Le Petit journal. Supplément du dimanche Paris, 12 juillet 1914. © Bibliothèque nationale de France
Assassinat de l’archiduc héritier d’Autriche et de la duchesse sa femme à Sarajevo
Le Petit journal. Supplément du dimanche Paris, 12 juillet 1914
© Bibliothèque nationale de France

Les pacifistes pressentent le carnage.
Jean Jaurès en meeting La fragile puissance de la parole vers 1910. © Bibliothèque nationale de France
Jean Jaurès en meeting
La fragile puissance de la parole vers 1910.
© Bibliothèque nationale de France

Les bellicistes appellent à punir l'ennemi.
Envahissement et espionnage allemands d’après les renseignements fournis par l’Action française du 17 septembre 1911 au 31 décembre 1912 1913. © Bibliothèque nationale de France
Envahissement et espionnage allemands d’après les renseignements fournis par l’Action française du 17 septembre 1911 au 31 décembre 1912 1913.
© Bibliothèque nationale de France

Vient l'affichage sur les murs des villes.
Armée de terre et armée de mer. Ordre de mobilisation générale… Dimanche 2 août 1914…  © Bibliothèque nationale de France
Armée de terre et armée de mer.
Ordre de mobilisation générale… Dimanche 2 août 1914…
© Bibliothèque nationale de France

Les hommes partent au front et les mêmes scènes d'adieu se déroulent à Paris ou à Berlin.
La foule escortant les mobilisés devant la gare de l’Est, Paris, 1914.© Bibliothèque nationale de France
La foule escortant les mobilisés devant la gare de l’Est, Paris, 1914.
© Bibliothèque nationale de France

Berlin, départ de soldats © Bibliothèque nationale de France
Berlin, départ de soldats
© Bibliothèque nationale de France

Nos vaillants soldats font de belles cibles avec leur uniforme d'un autre temps, celui où la guerre n'était pas encore un déluge d'acier.
Uniforme français Collection F. Gratient et musée de la Grande Guerre du pays de Meaux, photo Bertrand Huet
Uniforme français
Collection F. Gratient et musée de la Grande Guerre du pays de Meaux
photo Bertrand Huet

Les hommes ne seront bientôt plus que sac d'os et de chair, ni allemands, ni français, ni autrichiens, ni hongrois, ni serbes, mais simplement morts au combat.
Ramassage des cadavres par les soldats des régiments territoriaux après la bataille de la Marne Le mois le plus meurtrier de la guerre septembre 1914. Service historique de la Défense, Vincennes
Ramassage des cadavres par les soldats des régiments territoriaux après la bataille de la Marne
Le mois le plus meurtrier de la guerre septembre 1914.
Service historique de la Défense, Vincennes

Il faut prendre le temps de lire les lettres de soldats, les écrits d'artistes ou d'intellectuels pour que l'époque prenne corps et rester abasourdi devant cette fuite en avant, conduisant à la fin de la Belle Époque et au commencement de notre Monde moderne.

Prolongeant la réflexion, les photographies de Jean-Pierre Bonfort reviennent sur les traces du tonnelier Louis Barthas.

Pour chaque lieu visité par ce soldat qui noircit 10 carnets de notes durant sa guerre, une image d'aujourd'hui entre en résonance avec les mots du tonnelier, échos d'un passé que les paysages oublient.

Vie de dépôt Jean-Pierre Bonfort, Peyriac-Minervois. Aude, 2 août – 1er novembre 1914. © Jean-Pierre Bonfort
Vie de dépôt
Peyriac-Minervois. Aude, 2 août – 1er novembre 1914.
© Jean-Pierre Bonfort
Une après-midi brûlante d’août, les rues du village quasi désertes soudain un roulement de tambour : c’est sans doute un déballage de marchand forain sur « la Place » ou bien des acrobates qui annoncent la représentation pour le soir. Mais non ce n’est pas cela…


Vers la tuerie Jean-Pierre Bonfort, Barlin. Pas-de-Calais, 4 novembre – 14 décembre 1914. © Jean-Pierre Bonfort
Vers la tuerie
Barlin. Pas-de-Calais, 4 novembre – 14 décembre 1914.
© Jean-Pierre Bonfort
Lorsque le jour fut tout à fait venu, je voulus voir le paysage et, en dépit des balles, dissimulé par une touffe d’herbes, je regardai sur ma droite un amoncellement de ruines : c’était Vermelles, grand village minier sur lequel notre artillerie s’acharnait pour en déloger les Allemands ; sur la gauche un ancien me montra Givenchy où finissait le secteur tenu par les Anglais ; en arrière je fus surpris de voir qu’Annequin était si près de nous alors que la veille le trajet m’avait paru si long. Ça et là apparaissaient des masses, des choses grises ou sombres au-dessus desquelles tournoyaient des corbeaux. C’étaient les morts allemands et français qui attendaient leur sépulture et qui l’attendirent jusqu’au repli allemand du 7 décembre.


L’offensive sanglante et stérile du 25 septembre 1915 Jean-Pierre Bonfort, Farbus. Pas-de-Calais, 27 septembre – 15 novembre 1915. © Jean-Pierre Bonfort
L’offensive sanglante et stérile du 25 septembre 1915
Farbus. Pas-de-Calais, 27 septembre – 15 novembre 1915.
© Jean-Pierre Bonfort
On poussait le cadavre dans un trou d’obus, quelques pelletées de terre dessus et à un autre. Fouiller, palper ces cadavres et avec un couteau ou des cisailles couper le cordon ou la chaînette qui tenait leur plaque d’identité. Il nous semblait accomplir une profanation et nous parlions à voix basse comme si nous craignions de les réveiller. L’escouade qui fut obligée d’enlever les morts qu’on piétinait depuis trois jours dans le boyau y mit toute la nuit pour accomplir sa lugubre besogne, relever ces cadavres à moitié écrasés, crevés, mêlés avec la terre, empêtrés dans les fourniments, musettes, sacs ne formant pour quelques-uns qu’un bloc boueux, sanguinolent. Et dire que ce travail accompli on n’avait pas une goutte d’eau pour se laver les mains, qu’il fallait frotter avec de la terre pour les nettoyer un peu. Mais notre répugnance s’émoussait, à force de vivre dans la saleté nous devenions pires que des bêtes




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