L'Oeil Curieux

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Tag - Jeu de Paume

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dimanche 22 avril 2018

Engagez-vous ! Rengagez-vous !

Qu'est-ce qu'un artiste ?
En 1979, j'avais eu 4 heures pour disserter sur cette question de l'épreuve de philosophie du Bac et finalement obtenir un 18/20 en ayant pris Sartre comme exemple.
Pour une série C, la note était élevée, j'avais aussi eu une assez bonne note en histoire géographie ( avec en histoire, un texte sur l'entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler) et des notes médiocres (très médiocres) en maths et physique – Chimie.
Cela m'a permis d'obtenir ce que j'appelle un bac C (maintenant appelé série S) « littéraire » sous l'égide de Sartre et de Pétain.

Engagement des artistes et goût de l'histoire ont certainement fait germer le titre de ce billet, samedi 21 avril, quand j'ai su que j'allais l'écrire en liant l'exposition de la photographe Susan Meiselas, vue la semaine précédente, et celle sur les « Images en lutte » des Beaux Arts vers laquelle je me dirigeais.

Susan Meiselas pourrait être simplement qualifiée de « photographe de guerre ».
Elle en a l'étoffe.
Portrait de Susan Meiselas, Monimbo, Nicaragua Septembre 1978 © Alain Dejean Sygma
Portrait de Susan Meiselas, Monimbo, Nicaragua Septembre 1978
© Alain Dejean Sygma

Elle a ce talent de transformer une image de guerre en icône, comme son « homme au cocktail Molotov ».
Sandinistes aux portes du quartier général de la Garde nationale à Esteli : “L’homme au cocktail Molotov”, Nicaragua 16 juillet 1979 Susan Meiselas © Susan Meiselas/ Magnum Photos
Sandinistes aux portes du quartier général de la Garde nationale à Esteli
“L’homme au cocktail Molotov”, Nicaragua 16 juillet 1979
Susan Meiselas © Susan Meiselas/ Magnum Photos

Il est émouvant de retrouver ce sandiniste dans une vidéo, proclamant sa fidélité à ce mouvement politique malgré les années passées.
Il est aussi passionnant de découvrir la planche contact d'ou a été extraite cette image.

Elle a aussi ce talent de suggérer la violence d'une situation.
Soldats fouillant la passagers du bus sur l’autoroute Nord, El Salvador 1980 Susan Meiselas © Susan Meiselas/ Magnum Photos
Soldats fouillant la passagers du bus sur l’autoroute Nord, El Salvador 1980
Susan Meiselas © Susan Meiselas/ Magnum Photos

Mais elle est bien plus qu'une photographe de guerre, avec une approche documentaire présente depuis ses premiers travaux (44 Irving Street  (1971), portraits des autres locataires de sa résidence d'étudiante ou Prince Street Girls  (1975-1990) série sur l'évolution des vies de groupes de jeunes femmes de son quartier de Little Italy à New York).
Son travail sur les Kurdes est d'une force poignante et reste, avec l'histoire qui bégaye atrocement, d'une triste actualité.
Veuve sur le charnier de Koreme, nord de l'Irak 1992 Susan Meiselas © Susan Meiselas/Magnum Photos
Veuve sur le charnier de Koreme, nord de l'Irak 1992
Susan Meiselas © Susan Meiselas/Magnum Photos





Une belle artiste engagée.


De l'engagement et de l'histoire, je pensais que j'en serais rassasié quai Malaquais.

Je n'ai pas été déçu !
1968 – 1974 a été une époque de luttes d'une incroyable richesse.

L'exposition commence bien évidemment par Mai 68.
Affiche sérigraphiée de l’Atelier Populaire, Beaux Arts de Paris
Affiche sérigraphiée de l’Atelier Populaire, Beaux Arts de Paris



C'est un pur régal, vestiges d'une époque sans internet, avec l'ORTF et ses deux chaînes, étroitement contrôlées par l'État, pour la diffusion des images.


La réactivité était pourtant présente, avec des affiches imprimées pour être diffusées et collées dans les journées suivantes et l'utilisation de photographies d'actualité pour créer de nouvelles images.


Daniel Cohn-Bendit face à un CRS. Photo : Jacques Haillot
Cohn-Bendit face à un CRS. Photo : Jacques Haillot

Le joli mois de Mai n'était qu'un début (Continuons le combat !) et les salles des Beaux Arts sont imprégnées de la Guerre du Vietnam, de la dictature chilienne, des grèves, des luttes pour les territoires (le Larzac, ZAD avant l’heure), du féminisme, des luttes pour les droits des homosexuelles et homosexuels , des travailleurs étrangers et des migrants, des premiers combats écologiques.
Gilles Aillaud, Vietnam, La bataille du riz, 1968
Gilles Aillaud, Vietnam, La bataille du riz, 1968

L'armée hors du Larzac  Bibliothèque municipale de Lyon AffP0208
L'armée hors du Larzac
Bibliothèque municipale de Lyon (AffP0208)



Les artistes n'hésitaient pas à prendre partie, parfois avec violence, tel Julio le Parc qui propose de cibler l'impérialiste, le capitaliste, le militaire, l'intellectuel neutre, le policier et l'indifferent.
Julio le Parc, Jeux Enquête - Choisissez vos Ennemis (1970)
Julio le Parc, Jeux Enquête - Choisissez vos Ennemis (1970)

En fait, beaucoup de problématiques encore d'actualité.

En 1974, j'avais 13 ans, et de mai 68, je n'ai aucun souvenir.
Pourtant, cette époque est très importante dans ma représentation du monde.
Au-delà d'une période de luttes, elle m'apparaît d'abord comme une volonté d'engagement collectif, d'une croyance à un avenir meilleur, à construire ensemble.

Ce n'est pas qu'une exposition sur un passé révolu.


...
Il n'est pas de sauveur suprême
Ni Dieu, ni César, ni Tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes
Décrétons le salut commun.
...
L'internationale


samedi 4 mars 2017

Retour video vers le futur

À l'heure où l'image animée est omniprésente, avec des écrans qui se nichent jusque dans nos poches sur les smartphones, alors que le numérique dissout la frontière entre l'image captée de la réalité et l'image complètement fabriquée, il est agréable de se replonger dans les débuts de l'art vidéo.

Découvrir les œuvres de Peter Campus, réalisées dans les années 70, procure in fine les mêmes sensations que découvrir les œuvres de Georges Méliès.
Une magie opère et fait oublier les imperfections graphiques, l’archaïsme technique.
Ne subsistent alors que la fascination et le charme.

Les trois transitions sont toujours aussi étonnantes.


Elles ont aussi une qualité toute particulière avec le regard de l'artiste qui surveille régulièrement, sur un écran hors champ, l'image qui est en train d'être fabriquée.
Nous regardons l'image que fabrique l'artiste, et nous regardons l’artiste qui regarde l'image qu'il fabrique

Quant à RGB (Red Green Blue), l'oeuvre est une variation/étude sur le système de codage des couleurs à partir de l'addition de 3 couleurs fondamentales, le Rouge, le Vert et le Bleu.
L'artiste explore cette fabrication additive de couleurs, avec de simples filtres colorés, puis des éclairages de différentes couleurs et enfin avec le signal vidéo.



Mais la rétrospective du Jeu de Paume ne maintient pas le visiteur comme simple spectateur.
Nous entrons littéralement dans l'image avec les dispositifs interactifs comme « Interface (1972) », qui nous fait rencontrer notre monochrome reflet dans le miroir ou « Anamnesis (1973) », avec lequel un autre nous-même nous rattrape, surgi d'un passé vieux de 3 secondes.
Il faut expérimenter soi-même, mais aussi observer les autres visiteurs se confronter à leurs fantômes attardés.



Enfin, les récentes œuvres de Campus, maintenant en numérique, sont toutes autant innovantes, notamment sa vague (a wave, 2009), déstructurée en un rythme de pixels qui devient alors le mouvement même d'une vague, son essence dynamique.




dimanche 10 avril 2016

Bleus de travail

Au premier étage, il y a le bleu, qui traverse l'œuvre d'Helena Almeida
Le bleu de la toile qui se déshabille de son cadre, qui sort du cadre, comme les autres peintures de la première salle.

Sem título [Sans titre] 1968 Helena Almeida Acrylique sur toile et bois, 130 × 97 cm. Coll. Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto. Photo Filipe Braga, © Fundação de Serralves, Porto
Sem título (Sans titre) 1968 Helena Almeida
Coll. Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto.
Photo Filipe Braga, © Fundação de Serralves, Porto

Le bleu qui permet au sujet de s'effacer, dans un geste impossible, sorti des univers de MC Escher.
Pintura habitada [Peinture habitée] 1975 Helena Almeida Acrylique sur photographie, 46 x 50 cm. Collection Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto. Foto Filipe Braga. © Fundação de Serralves, Porto
Pintura habitada (Peinture habitée) 1975 Helena Almeida
Collection Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto.
Foto Filipe Braga. © Fundação de Serralves, Porto

Les peintures de l’artiste portugaise cessent d'être peintures pour devenir objets.
Les sujets de ses photographies n'existent que pour mieux se faire disparaître.

La photographie n'est que le support qui emprisonne le mouvement, métamorphose le trait en fil et fait naître la sculpture dans sa série « Desenhos habitados » (Dessins habités).
Desenho habitado [Dessin habité] 1975 Helena Almeida Coll. Museu Nacional de Arte Contemporânea – Museu do Chiado, Lisbonne. Photo Mário Valente, courtesy MNAC – Museu do Chiado, Lisbonne Museu do Chiado
Desenho habitado (Dessin habité) 1975 Helena Almeida
Coll. Museu Nacional de Arte Contemporânea – Museu do Chiado, Lisbonne.
Photo Mário Valente, courtesy MNAC – Museu do Chiado, Lisbonne Museu do Chiado

Le corps est le sujet et le sujet jaillit du corps.
Dentro de mim [À l’intérieur de moi] 1998 Helena Almeida Coll. Fundação Luso-Americana para o Desenvolvimento, en dépôt à la Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto. Photo : Laura Castro Caldas et Paulo Cintra, courtesy FLAD, Lisbonne
Dentro de mim (À l’intérieur de moi) 1998 Helena Almeida
Coll. Fundação Luso-Americana para o Desenvolvimento, en dépôt à la Fundação de Serralves – Museu de Arte Contemporânea, Porto.
Photo : Laura Castro Caldas et Paulo Cintra, courtesy FLAD, Lisbonne


Et au rez de chaussée, il y a les bleus de travail des ouvriers, photographiés par François Kollar pour la grande enquête documentaire "La France Travaille", parue entre 1932 et 1934.
Une vision d’entomologiste qui nous donne à voir un monde disparu, dans lequel les travailleurs sont encore la principale force de l'industrie et de l'agriculture.
Une vision clinique qui montre simplement le sujet dans son environnement, les champs, les ateliers et les chantiers, sans le magnifier, sans émotion.
Construction des grands paquebots. Rivetage de tôles d‘un pont de navire, chantier et ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët 1931-1932  © François Kollar
Construction des grands paquebots.
Rivetage de tôles d‘un pont de navire, chantier et ateliers de Saint-Nazaire à Penhoët 1931-1932
© François Kollar

Renault. D‘une main l‘ouvrier fait tomber le sable. Billancourt (Hauts-de-Seine) 1931-1934 François Kollar Plaque de verre, dimensions du négatit : 13 x 18 cm. Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar / Bibliothèque Forney / Roger-Viollet
Renault. D‘une main l‘ouvrier fait tomber le sable.
Billancourt (Hauts-de-Seine) 1931-1934
Paris, Bibliothèque Forney. © François Kollar


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