L'Oeil Curieux

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dimanche 19 février 2017

J'ai préféré la fin

Cy Twombly, je ne connaissais pas vraiment avant cette visite au Centre Pompidou.
J'ai certainement été attiré par une œuvre, vue au détour du teaser de l'exposition ou dans un article de la presse écrite.

Vide de toute connaissance, tant sur l’œuvre que sur l'artiste, j'ai donc abordé la visite en espérant l'émotion, appelant la rencontre qui réjouirait les yeux et le cœur.

J'ai été déçu en parcourant la plupart des salles.
Non, pas déçu, plutôt décontenancé et indifférent.
Il ne se passait rien entre les tableaux et moi.
Mais au fond de moi, flottait encore le souvenir de cette image qui avait fait naître l'envie et la curiosité pour cet artiste.

Enfin, dans les dernières salles, elles étaient là.
Colorées, libres, les œuvres tardives apparaissent moins cérébrales que les cycles faisant référence aux mythes ou personnages antiques de la culture méditerranéenne.
Cette débauche d'énergie, brute, avec les coulures, me réjouit et les couleurs, crues, lumineuses m’enthousiasment.
J'étais récompensé par ces quelques écritures et fleurs, enfin révélées avant de quitter l’exposition.

Cy Twombly Camino Real II, 2010
Cy Twombly Camino Real II, 2010
© Gagosian Gallery

Cy Twombly Untitled (Bacchus) , 2005
Cy Twombly Untitled (Bacchus) , 2005
© BKP, Berlin. RMN-Grand Palais/Image BSTGS

Cy Twombly Blooming, 2001-2008
Cy Twombly Blooming, 2001-2008
© Cy Twombly Foundation, Courtesy Archives Nicola Del Roscio

Cy Twombly Sans titre (Gaète) , 2007
Cy Twombly Sans titre (Gaète) , 2007
© BKP, Berlin. RMN-Grand Palais/Image BSTGS

Et je conserve le souvenir enchanté de cette surface, aquatique et pâle, écho fantomatique aux nymphéas de Monet.

Cy Twombly Sans titre (A Gathering of Time), 2003
Cy Twombly Sans titre (A Gathering of Time), 2003
© BKP, Berlin. RMN-Grand Palais/Image BSTGS




samedi 18 février 2017

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Vous penserez certainement que je cherche à me hausser du col, mais deux vers d'Aragon me sont venus à l'esprit alors que je réfléchissais à ce billet et que je parcourais les photographies récompensées lors du World Press Photo 2017.

D'abord pour introduire la photographie qui est mon coup de cœur et mon premier prix 2017.
Aragon écrivait : « L'avenir de l'homme est la femme. »
La silhouette hiératique d'Ieshia Evans, tendant les mains pour se faire arrêter lors d'une manifestation contre les violences policières, est d'une grande beauté.
Les policiers anti émeute, sombres hannetons patauds, semblent hésiter, presque reculer devant cette jeune femme au port altier, dont la robe vole avec légèreté.

Jonathan Bachman Taking a Stand in Baton Rouge
Jonathan Bachman Taking a Stand in Baton Rouge
Contemporary Issues, first prize singles

Ensuite pour le titre du billet, avec cette question lancinante qui revient sans cesse alors que les photographes rapportent les horreurs et malheurs du monde.
Bien sur, c'est le propre du photojournalisme de montrer les guerres et l'actualité, souvent violente.
Mais j'ai l'impression que chaque année est pire que la précédente.
Que ce soient des images des guerres en Syrie et en Ukraine, de la mort d'un dictateur à Cuba, de la guerre folle contre la drogue aux Philippines, de la pauvreté derrière le beau décor au Brésil, ou encore de la terre et de la faune meurtries par nos mains, est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Tomás Munita Cuba on the Edge of Change
Tomás Munita Cuba on the Edge of Change
Daily Life, first prize stories

Peter Bauza Copacabana Palace
Peter Bauza Copacabana Palace
Contemporary Issues, third prize stories

Daniel Berehulak They Are Slaughtering Us like Animals
Daniel Berehulak They Are Slaughtering Us like Animals
General News, first prize stories

Valery Melnikov Black Days of Ukraine
Valery Melnikov Black Days of Ukraine
Long-Term Projects, first prize stories

Abd Doumany Medics Assist a Wounded Girl
Abd Doumany Medics Assist a Wounded Girl
Spot News, second prize singles

Francis Pérez Caretta Caretta Trapped
Francis Pérez Caretta Caretta Trapped
Nature, first prize singles

Amber Bracken Standing Rock
Amber Bracken Standing Rock
Contemporary Issues, first prize stories

Pour le premier prix officiel, dont l'attribution ne me satisfait pas, vous pouvez voir la photographie et un article sur le site de Polka Magazine (que je recommande au passage).

Post-scriptum
vous pouvez cliquer sur les photographies : cela vous dirigera vers les pages correspondantes du site du World Press Photo 2017.

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.
Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faÏence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Louis Aragon




dimanche 12 février 2017

Triste début de jeûne pour le gourmet solitaire

Je n'ai pas le goût des rubriques nécrologiques.
Et le décès de Jirô Taniguchi ne me fera pas changer.

Son départ est juste l’occasion pour proposer de le retrouver à travers un film et une émission de radio.




Ensuite, puisque j'écris ce billet alors que l'heure du repas approche, je relirai son Gourmet Solitaire.

Jirô Taniguchi, Le gourmet Solitaire, Casterman

Comme toujours, sa lecture me donnera envie de manger japonais.

Le hasard faisant, parfois, bien les choses, j'avais prévu du porc mariné dans une sauce Teriyaki pour le déjeuner dominical, avant d'apprendre le décès du maître de Tottori.

Jiro Taniguchi sera donc un peu présent à table, avec moi ce midi.
Et ses livres seront toujours là, dans ma bibliothèque, à attendre d'être relus.

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