L'oeil curieux

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mardi 16 septembre 2014

Rencontre d'un troisième type

Après mon deuxième type, j'en ai rencontré un troisième.
Logique, non ?
Le régional de l'étape comme on dit dans le milieu cycliste, puisque j'ai rencontré Jean Luc Olezak, né à Blois et Tourangeau d'adoption, au château de Tours.

Une de ces rencontres fortuites comme le hasard nous en fait parfois la surprise.
Venu pour Gilles Caron, je suis reparti après avoir découvert un beau photographe de rue.

Dans sa chère Touraine, dans la Pologne de ses origines, ou ailleurs, Olezak distille sa mélancolie, sa poésie, dans un noir et blanc sobre.

TOURS 2007 © Jean-Luc OLEZAK
TOURS 2007 © Jean-Luc OLEZAK

TOURS 1999© Jean-Luc OLEZAK
TOURS 1999© Jean-Luc OLEZAK

POLOGNE 2000© Jean-Luc OLEZAK
POLOGNE 2000© Jean-Luc OLEZAK

PARIS 2007© Jean-Luc OLEZAK
PARIS 2007© Jean-Luc OLEZAK

MONACO 1985© Jean-Luc OLEZAK
MONACO 1985© Jean-Luc OLEZAK

Je suis ressorti léger de l'exposition, léger et heureux.


dimanche 14 septembre 2014

Autant en emporte le temps

Rarement un de mes titres aura été aussi pertinent.

Parce qu'il ne reste qu'une semaine pour visiter l'exposition d'Óscar Muñoz au Jeu de Paume.

Mais surtout parce que le travail de l'artiste colombien interroge justement le temps, la mémoire, l'avant et l'après des images.

Visiter l'étage du Jeu de Paume vous emmène dans un voyage poétique, ou les rideaux de douche conservent le souvenir des personnes abritées, les images s'écoulent au fil de l'eau ou s'évaporent au soleil et les portraits de disparus renaissent sous le souffle du visiteur.

À voir absolument quand il est encore temps....

Oscar Muñoz, Re/trato, 2003.



Rencontre du deuxième type

Le premier type, rencontré au Centre Pompidou au mois de juin, s'appelle Henri Cartier Bresson.
Une exposition magnifique, qui a attiré 425 000 visiteurs, et pour laquelle, il n'y pas eu de billet.
Comme souvent, ma visite a été tardive, une semaine avant la fermeture et le temps m'a manqué pour écrire.
Pourtant Cartier Bresson est un des deux photographes qui m'ont donné envie de photographier.
Un maître inatteignable, un peu austère et intimidant par la perfection de ses images.

Le second type, le second photographe à l'origine de ma pratique, s'appelle Gilles Caron.
Je viens de le rencontrer, une nouvelle fois, au Château de Tours.
Une nouvelle fois, parce que la première remonte à bien longtemps, dans le numéro spécial « Mai 68 », paru en 1978.
Photo Special Mai 68

Gilles Caron, pour le jeune photographe amateur que j'étais, représentait l'archétype du photojournaliste, un Capa moderne, toujours proche de l'action pour réaliser des photographies qu'il n'est pas possible d'oublier.

Quand j'ai « couvert » ma première grosse manifestation, la marche des sidérurgistes du 23 mars 1979, je marchais certainement dans l'ombre de Caron.



Les années ont passé.
Pas ma passion pour Gilles Caron.

J'avais préparé ces retrouvailles en lisant le catalogue, écrit par Michel Poivert.
Michel Poivert - Gilles Caron Le conflit intérieur

Le commissaire de l'exposition,d'abord présentée au Musée de l’Élysée, à Lausanne, nous propose de découvrir le jeune homme et le photographe.
Pas de chronologie, mais plusieurs thèmes permettant de mieux embrasser une fulgurante carrière, cinq années qui marquent l'histoire du photojournalisme.

« Héroïsme », « Douleur des autres », « Conscience malheureuse », « Le regard intérieur », « Mouvements de révolte », « Nouvelle vague » et « Le reportage mis en abyme » sont autant de facettes qui révèlent l'homme à travers son œuvre.

Pour le billet, je me suis fait violence.
Ni mai 68, ni guerre du Vietnam, pourtant deux sujets qui me fascinent et deux des plus emblématiques couvertures de l'actualité par Gilles Caron.

J'ai suivi Michel Poivert dans sa révélation de la figure du lanceur :

La figure du lanceur s’impose au fur et à mesure des reportages : David contre Goliath, civil contre militaire, jeunesse contre autorité, tout dans le lanceur témoigne de la nature de la guérilla urbaine.

Gilles Caron Manifestations, Londonderry, Irlande du Nord, août 1969
Gilles Caron Manifestations, Londonderry, Irlande du Nord, août 1969

Gilles Caron Manifestations, Londonderry, Irlande du Nord, août 1969 Tirage moderne d'après négatif original Collection Fondation Gilles Caron
Gilles Caron Manifestations, Londonderry, Irlande du Nord, août 1969

Gilles Caron, Lanceur de pavés. Rue Saint-Jacques. Paris. 6 mai 1968
Gilles Caron, Lanceur de pavés. Rue Saint-Jacques. Paris. 6 mai 1968

Un peu de légèreté dans un monde de brutes.

La dernière image retenue en appelle une autre.
Gilles Caron, Guerre du Biafra, Raymond Depardon filmant un enfant à l’agonie, juillet 1968 © Fondation Gilles Caron-Contact Press Images
Gilles Caron, Guerre du Biafra, Raymond Depardon filmant un enfant à l’agonie, juillet 1968
© Fondation Gilles Caron-Contact Press Images

C'est la conscience malheureuse du photographe.

Je ne peux m’empêcher de penser à une autre image, tout aussi forte.
En mars 1993, le village d’Ayod (Soudan) est dévasté par la famine.
En mars 1993, le village d’Ayod (Soudan) est dévasté par la famine.
© Kevin Carter/Sygma/Corbis/Kevin Carter

Avec ce charognard derrière un enfant rachitique, Kevin Carter a obtenu le prix Pulitzer.

Le photojournaliste est-il un charognard ?
Pour Caron et Carter, je ne le pense pas.
Le témoignage photographique est indispensable.

Pourtant, à l'époque, son image a été reprochée à Carter.
À 33 ans, le photographe s'est suicidé, certainement plus hanté par toutes les horreurs vues durant ses reportages que par ces attaques, finalement infondées (lire les articles de Rue89 et du Monde).

Le 4 avril 1970, Gilles Caron disparaissait au Cambodge, sur la route n°1 qui relie Phnom Penh à Saigon.

GILLES CARON LE CONFLIT INTERIEUR Trailer from Naïa Productions on Vimeo.



Pour mieux connaître Gilles Caron, je vous recommande aussi la lecture de ses lettres d'Algérie, échangées avec sa mère durant 28 mois de service militaire.
Gilles Caron - J'ai voulu voir Lettres d'Algérie


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