L'oeil curieux

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jeudi 16 mai 2013

Dr Lartigue et Mr Jacques Henri

Le cas est étrange, mais très intéressant.
Autant le photographe, dans ses premières années, m'apparait remarquable, autant je trouve l'homme plutôt désagréable par certains aspects de sa vie.
L’intérêt du cas réside dans le paradoxe suivant : les photographies que j'admire n'auraient certainement jamais existé sans cette vie qui me déplait.

Le petit Lartigue se fait offrir un appareil photographique par son père à l'âge de 8 ans.
Il commence alors une activité compulsive de double enregistrement de sa vie : par la photographie avec plus de 100 000 clichés (cent trente-cinq grands albums originaux de format 52 x 36 cm) et un journal de 14 423 pages !

Tous les sujets sont bons pour la chambre noire, les plus communs comme la baignade, mais Lartigue y instille un sens aigu du mouvement et du dynamisme, n’hésitant pas à enrôler famille et domesticité.
© Ministère de la Culture-France/AAJHL
Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture-France/AAJHL

© Ministère de la Culture-France/AAJHL
Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture-France/AAJHL

© Ministère de la Culture-France/AAJHL
Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture-France/AAJHL

Avec ses nombreux personnages saisis en vol, je vois en lui un précurseur primitif de la « Jumpologie » développée par Philippe Halsman dans les années 50.

Mais il est tout autant capable de faire naitre l'étrange d'une situation bien statique.
© Ministère de la Culture-France/AAJHL
Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture-France/AAJHL

La modernité de son regard s'accorde parfaitement avec ce vingtième siècle naissant, qui s'annonce celui de la vitesse, de l'automobile et de l'aviation.
Comme un bolide de course au puissant moteur, une modeste voiture à pédales s'avère photogénique et sportive.
© Ministère de la Culture-France/AAJHL
Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture-France/AAJHL

Et ne sentons-nous pas nous aussi le souffle de l'hélice contre lequel lutte l'homme au chapeau melon ?
© Ministère de la Culture-France/AAJHL
Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture-France/AAJHL

Toutes ces merveilles de photographie n'existent que par la vie de Jacques Henri, fils Henri Lartigue, 8ème fortune de France.
Une vie privilégiée, sans école durant son enfance, sans soucis matériels, pleine de femmes, jolies et nombreuses, jusqu'à sa rencontre en 1942 avec Flore Ormea qui va être sa compagne puis sa femme pour le restant de ses jours.
Avec sa manie de tout photographier et de tout consigner, l'artiste finit par apparaitre comme le spectateur passif de sa propre vie.

« Émerveillé », cela fut sans doute facile pour Jacques Henri Lartigue.
Mais ce n'est que l'avis d'un Oeil Curieux, un peu ronchon, qui préfère les photographies à l'homme qui les réalisa.


vendredi 3 mai 2013

Paroles d'un photographe de guerre

Si vous fréquentez régulièrement ce blog, vous savez que je fais une (légère) fixation sur les photographes de guerre.

Arès, dieu de la guerre (plus connu sous son patronyme romain de Mars) et Apollon (Dieu des Arts et aussi dieu de la lumière) sont certainement responsables de la période fastueuse que je viens de connaître dans le domaine : clichés mythiques de la collection Greenberg et surtout la valise mexicaine sur la Guerre d'Espagne.

Soucieux de satisfaire mon obsession aussi lors de mes lectures, cette paire de dieux (une petite main au poker...) m'ont offert dans le n°12 de L'impossible (excellent et inclassable « autre journal), un entretien passionnant de Béatrice Leca avec Eric Bouvet, photographe de guerre, récompensé d'un Visa D'or News à Perpignan en 2012 pour sa couverture du conflit en Libye.
En plus de l'entretien « Blessures de Guerre », il y a surtout des extraits inédits de son récit sur son reportage avec les commandos russes en Tchétchénie.

DP1-1.png

Passionnant, brutal, terrifiant, à lire pour connaître ce qui se passe dans la tête d'un photographe de guerre en action.

mercredi 1 mai 2013

Défis du cinétique

L'art cinétique m'a lancé trois défis.

En tant que visiteur de l'exposition consacrée à Jésus Rafael Soto, j'ai dû affronter le risque d'une crise d’épilepsie.
Les effets optiques des œuvres présentées, comme certains jeux vidéos, peuvent déclencher chez des sujets sensibles des crises.
J'ai survécu !

En tant que photographe, le défi consiste à rendre l'impression ressentie à contempler un tableau qui, par essence, est mouvant et finalement propre à chacun des regards qui se pose sur lui.
Oscar Wilde a dit que « la beauté est dans l’œil de celui qui regarde », mais avec Soto, « le tableau est dans l’œil de celui qui regarde...et se modifie dans le mouvement du spectateur ».
Alors, sans doute influencée par mon passé de joueur de rugby (treize années de bons et loyaux services comme pilier gauche, gauche la position dans la mêlée pas l'allure du joueur...), mon approche frontale de prise de vues s'avère plutôt pauvre à restituer les sensations de la visite.

L'ultime défi, assez facile, est d'écrire ce billet, l'unique jour chômé de l'année, pour vous dire combien la découverte de cet artiste vénézuélien a été un ravissement.
Soto ne pouvait finalement que me séduire avec son goût de la géométrie et son usage de la couleur.

Par la superposition d'une trame peinte sur fond de bois et d'une autre sur Plexiglas, le peintre leurre notre vue et fait apparaître de nouvelles formes.

Jesus Rafael Soto, Dynamique de la couleur, 1957

Jesus Rafael Soto, Dynamique de la couleur, 1957

Jesus Rafael Soto, Spirale, 1955

Jesus Rafael Soto, Spirale, 1955

Par la magie de quelques fils de nylon, d'un peu de métal et de son talent, Soto rend visible la vibration d'un jaune ou un fantomatique et bleu carré.

Jesus Rafael Soto, Vibration jaune, 1965

Jesus Rafael Soto, Vibration jaune, 1965

Jesus Rafael Soto, Cuadrado virtual cobalto  (Carré virtuel bleu), 1978 - 1979

Jesus Rafael Soto, Cuadrado virtual cobalto (Carré virtuel bleu), 1978

Avec « cube pénétrable », le spectateur peut littéralement entrer dans l’œuvre et percevoir « in situ » une vibration différente de celle perçue de l'extérieur.

Jesus Rafael Soto, Cube pénétrable, 1996

Jesus Rafael Soto, Cube pénétrable, 1996

J'avoue ne pas avoir pénétré le cube, ne souhaitant pas me joindre aux touristes déchainés qui confondaient, à mon goût, l'installation artistique avec une attraction de la Foire du Trône...



J'oubliais le petit bonus de ce billet : en cliquant sur les titres des photographies, vous accéderez au site du Centre Pompidou pour découvrir l’œuvre d'un autre point de vue.

La richesse du site ne dispense pas de visiter l'exposition notée OeilCurieux.jpgOeilCurieux.jpgOeilCurieux.jpg !


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