L'oeil curieux

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 16 mai 2016

Notre billet conférence : Céramique, terre de contraste

Pour vous la céramique c'est  :

a – un art praticable dès le plus jeune âge, en maternelle, pour produire d'improbables cendriers et empreintes de mains de bambins pour la fête des mères ou des pères

b – la poterie, sous sa forme régionale et proposée aux touristes de par le monde, permettant ainsi d'avoir un souvenir qui casse à ramener au pays

c – l'occupation qui a amené Bernard Palissy à brûler ses meubles

d – un art millénaire, mais toujours vivant, et d'une furieuse modernité.

Je ne sais pas quelle est votre réponse, mais je suis certain qu’après avoir visité « Ceramix », le choix 'd' s'imposera désormais avec une force inébranlable.

Que ce soit après votre passage à la Maison Rouge ou à la Cité de la céramique, et il faut impérativement visiter les deux parties de l’exposition, votre regard ne sera plus jamais le même sur les rejetons du Feu et de la Terre.

La céramique donnait du volume aux œuvres bien avant l'invention des imprimantes 3D.
Vous aimez Fernand Léger, le peintre en 2D  ?
Vous adorerez Fernand Léger, le céramiste en 3D  !
Fernand léger La Branche, 1952 © Adagp, Paris 2010 - Photo RMN-Gérard Blot
Fernand léger La Branche, 1952
© Adagp, Paris 2010 - Photo RMN-Gérard Blot

La céramique se fait sculpture abstraite chez Ken Price et Ron Nagle.
Ken Price Mungor, 1985
Ken Price Mungor, 1985

Ron Nagle Aunt Candy, 2009 Photography by Don Tuttle.
Ron Nagle Aunt Candy, 2009
Photography by Don Tuttle.

Avec Yasuo Hayashi, elle devient piège pour l’œil, séduit et troublé par la trompeuse perspective.
Yasuo Hayashi, Prélude, 1994
Yasuo Hayashi, Prélude, 1994

Hyper réaliste, la céramique devient armée grouillante de cafards chez Bita Fayyazi ou carton éventré de citrons chez Kimiyo Mishima.
Bita Fayyazi Cockroaches 1998-1999
Bita Fayyazi Cockroaches 1998-1999

Kimiyo Mishima Boite de citrons Sunkist
Kimiyo Mishima Boite de citrons Sunkist

La céramique se découvre "Comics" avec le portrait du Captain Ace et sa dinde, perchée sur le héros, qui serait une allusion à une célèbre marque de Bourbon très (trop) appréciée de l'artiste, Robert Arneson.
Robert Arneson: Captain Ace, 1978 c/o Pictoright Amsterdam/Stedelijk Museum Amsterdam
Robert Arneson Captain Ace, 1978
c/o Pictoright Amsterdam/Stedelijk Museum Amsterdam

Avec les délicates dentelles minérales de Katsuyo Aoki, la céramique nous rappelle joliment notre inéluctable destin, Memento mori.
Katsuyo Aoki Predictive Dream XLVI
Katsuyo Aoki Predictive Dream XLVI


dimanche 1 mai 2016

Andy et les Cagouilles

« Snails » (« Escargots » ou « Cagouilles » dirons nous en cette journée internationale de la Cagouille) est une des œuvres les plus secrètes et les moins exposées du pape du Pop Art, Andy Warhol.

"Snails" à la Warhol

Cette série insolite s'inscrit dans la lignée des séries consacrées aux icônes de la civilisation américaine comme les boîtes de soupe Campbell, Elvis, les bouteilles de Coca Cola ou Marylin Monroe.

Mais pourquoi, la cagouille, cette icône de la France et non de l'Amérique  ?

Il faut savoir qu'Andy Warhol appréciait la France et particulièrement la vie nocturne parisienne.
Il fréquentait notamment Chez Régine, rue du Four à Paris, dont il goûtait sans limites les nuits endiablées.

L'origine de «  Snails  » se trouve dans un dîner effectué au début des années 70 au célèbre restaurant de la Rue Montorgueil, le bien nommé « Escargot Montorgueil ».

En 1973, cherchant une idée pour le cadeau d'anniversaire de son amie des nuits parisiennes, Régine, il se souvient de ce dîner à l'« Escargot Montorgueil » et décide de faire cette série si française.

«  Snails  » est construit comme une déclinaison de son «  Marylin  » de 1967  : même mosaïque de 3 x 3 images, même palette de couleurs.
Marilyn - Warhol

Mais la pulpeuse blonde est simplement remplacée par une mystérieuse cagouille masquée.

Warhol réalise seulement douze exemplaires de «  Snails  », ce qui en fait une des séries les plus courtes de l'artiste, une simple douzaine d'escargots qu'il offre donc à Régine.
Le destin des douze exemplaires n'est pas totalement connu.

Régine, généreuse reine de la nuit, a fait cadeau de 11 exemplaires à des proches et amis, en diverses occasions, ne conservant que l'exemplaire 12/12.
Mais il est difficile de suivre la trace de onze autres escargots, qui ont assez souvent changé de mains.

4 exemplaires seraient aux États-Unis, 4 en Europe, mais bizarrement aucun en Angleterre, l'escargot ne semblant pas du goût des collectionneurs d'outre-Manche et enfin 3 se trouveraient en Asie, ou le gastéropode est mieux apprécié.

C'est d'Asie qu’un exemplaire devait être prêté pour l'exposition « Warhol Unlimited » du Musée d'Art Moderne de Paris fin 2015, début 2016.
Malheureusement, l’œuvre, envoyée par la Poste, mais affranchie au «  Tarif Lent  » et comportant de nombreuses coquilles dans le libellé de l'adresse, n'est arrivée au musée qu'après la fin de l'exposition.

C'est donc un plaisir, et un honneur, de faire découvrir à tous les amateurs d'Art en général, de Pop Art, de Warhol et de cagouilles en particulier, «  Snails  » en cette Journée Mondiale de la Cagouille.

L'oeil Curieux, Suresnes, le 24 avril 2016


Vous venez de lire ma participation à la Journée Mondiale de la Cagouille, que j’avais annoncée dans un billet du 11 avril.

La création de cette petite mystification artistique a été une de mes réalisations les plus réjouissantes.

Sa genèse se partage en deux temps.

D'abord l'aspect graphique, pour lequel je ne pouvais compter que sur mes photographies, étant gravement handicapé du dessin, de la peinture et des arts manuels en général.
J'ai retrouvé une mystérieuse cagouille masquée dans mon Flickr et Andy Warhol, du haut de sa Factory céleste, m'a inspiré.

Cagouille Masquée / Masked Snail


Grâce à GIMP, logiciel libre de traitement d'images, ma cagouille est devenue ma Marilyn à moi et a été warholisée en quelques clics bien sentis.
Un courriel à Thierry le Borgne et ma participation était effective.
Fin du premier temps.

Dans la semaine qui suivit ma création graphique, de retour d'un jeu de rôle pratiqué en entreprise, certainement encore sous l'effet de la fièvre artistique (j'avais joué, avec délectation, un personnage particulièrement odieux), l'inspiration seconde me vint  !
Il fallait compléter le faux Warhol par un texte qui situerait ces escargots dans l’œuvre de l'artiste.
Là encore, quelques clics sur Internet et une imagination en pleine carburation m'ont permis de rédiger la véritable histoire de «  Snails  », série méconnue et très parisienne du maître du Pop Art.
Nouveau courriel à Thierry le Borgne et ma participation devenait complète.
Fin du second temps.

Je ne remercierai jamais assez Thierry de m'avoir offert cette occasion de réaliser, avec mes ingrédients, mon «  intervention artistique  ».
J’ai eu l'immense plaisir d'utiliser une de mes photos, de la transformer et de l'accompagner d'un texte dans lequel j'ai associé mon goût pour l'écriture et l'Art, celui de Warhol et de tous les autres artistes que je fréquente inlassablement dans les musées et les galeries, et qui nourrissent ma vie.
Encore Merci Thierry.

Postscriptum

Le concours organisé à l'occasion de la Journée Mondiale de la Cagouille a vu la consécration d'un très jeune artiste inconnu, Mattéo.

Imprévisible monde de l'Art, dans lequel un jeune représentant de l'Art Brut éclipse le Pape du Pop Art  !

samedi 23 avril 2016

Une bonne soirée avec Gérard et des ami(e)s

J’imagine qu'une conjonction astrale particulièrement favorable était en place dans l’univers, ce jeudi 21 avril vers 19:00, heure de Paris.
Sinon comment expliquer la quasi-perfection de cette visite vespérale au Centre Pompidou ?

La découverte de Gérard Fromanger a été une délicieuse révélation.
Bastille réseaux  (Série Bastilles-Dérives) 2007 © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Gérard Fromanger
Bastille réseaux (Série Bastilles-Dérives) 2007
© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Gérard Fromanger

Un peintre qui réfléchit sur son art et l'interroge.
Mon tableau part en fumée  (Le tableau en question) 1966 © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Gérard Fromanger
Mon tableau part en fumée (Le tableau en question) 1966
© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Gérard Fromanger

Mon tableau s’égoutte  (Le tableau en question) 1966 © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Gérard Fromanger
Mon tableau s’égoutte (Le tableau en question) 1966
© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Gérard Fromanger

Un peintre engagé, dont les œuvres, quelque peu cousines du Pop Art, s’inscrivent dans l'époque.
La fin des années 60 est perturbée à travers le monde, Mai 68 à Paris et d'autres révoltes étudiantes ailleurs, guerre du Vietnam.

Le fond de l'air était rouge à cette époque, et rouge le sang qui souillait les drapeaux.
Le Rouge 1968  Sérigraphie sur bristol 320 g  60 x 89 cm  (Drapeau des Etats-Unis) © Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Gérard Fromanger
Le Rouge 1968 (Drapeau des Etats-Unis)
© Georges Meguerditchian - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Gérard Fromanger

Rouge aussi le sang de Pierre Overney, tué le 25 février 1972 par un vigile de Renault, lors d'une manifestation de la Gauche Prolétarienne (GP) à la sortie de l'usine de Billancourt, et rouge le fantôme du jeune militant.
La mort de Pierre Overney
La mort de Pierre Overney

J'aime particulièrement sa vie d'artiste, séduisante réflexion et mise en abyme.
Gérard Fromanger, La Vie d’artiste, 1975-1977 © Slash-Paris, 2016
Gérard Fromanger, La Vie d’artiste, 1975-1977 © Slash-Paris, 2016

Une photographie, prise à l’occasion d'une mutinerie de prisonniers, fournit la matière première.
Le sujet politique est présent.
La palette chromatique aussi, avec les mutins perchés sur le toit.
Le tableau représente l’artiste travaillant sur un tableau.
Mais ce n'est pas non plus une représentation naturaliste de l’artiste, de son travail et de son atelier, puisque des lignes de couleur traversent l'espace et enlacent le peintre.



Pour continuer, dans les vastes salles du 4e étage, j'ai picoré les dons des ami(e)s du Musée national d’art moderne.
Adel Abdessemed (1971 - )  Je suis innocent 2012 © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Adel Abdessemed / Adagp, Paris
Adel Abdessemed (1971 - ) Je suis innocent 2012
© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Adel Abdessemed / Adagp, Paris

Il était magique de rester immobile devant le Ciel Dorique de Sean Scully, et d'y noyer son regard durant de longues minutes, sans personne pour troubler votre sublime noyade.
Sean Scully (1945 - )  Doric Sky 2011 © Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP © Adagp, Paris
Sean Scully (1945 - ) Doric Sky 2011
© Philippe Migeat - Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris

Quelle allégresse de pouvoir découvrir la cinquantaine de projets du jeune architecte japonais, Jun'ya Ishigami, en prenant tout son temps pour savourer les délicates maquettes, comme autant de propositions poétiques pour habiter autrement le monde.
Arc-en-Rêve Centre d’Architecture, Galerie d’Exposition, Bordeaux, Exposition « Petit? Grand? L’Espace Infini de l’Architecture – Junya Ishigami » © Rodolphe Escher
« Petit? Grand? L’Espace Infini de l’Architecture – Junya Ishigami »
Arc-en-Rêve Centre d’Architecture, Galerie d’Exposition, Bordeaux
© Rodolphe Escher





- page 1 de 96