L'Oeil Curieux

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 25 mars 2017

Je suis kimonomaniaque mais je me soigne

Je le sais bien, Docteur, ma précédente crise ne date que du mois de décembre, à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

Mais comment voulez-vous que je résiste ?
Des kimonos de la collection de la célèbre maison Matsuzakaya, fondée en 1611, sont visibles au Musée Guimet.
Alors, j'ai senti monter en moi une pulsion sourde, un appel lancinant qui m’enjoignait de me rendre place d'Iena.
J'ai lutté, lutté pendant plusieurs jours.
Mais quand j'ai appris que les modèles exposés depuis l'ouverture de l'exposition seraient remplacés début avril, je me suis effondré moralement.

Je me suis précipité et je les ai vus, dans la lumière douce du sous-sol du Musée.


Des hirondelles griffaient le ciel au-dessus des œillets en fleur.

Katabira à motifs de haies sèches, oeillets et hirondelles teinture à réserve et broderies sur un fond en lin gris foncé, seconde moitié du XVIIIe-première moitié du XIXe siècle, Collection Matsuzakaya.
Katabira à motifs de haies sèches, oeillets et hirondelles
Seconde moitié du XVIIIe-première moitié du XIXe siècle, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

Les grappes de glycine ruisselaient.

Kosode à motifs de treilles de glycine, vagues et feuilles de chanvre teinture en kanoko shibori sur un fond en crêpe de soie chirimen rouge, seconde moitié du XVIIe siècle, Collection Matsuzakaya.
Kosode à motifs de treilles de glycine, vagues et feuilles de chanvre
Seconde moitié du XVIIe siècle, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum

J'ai même entendu le murmure de cascades.

Kosode à motifs de cascades et éventails teinture à réserve sur fond en crêpe de soie chirimen bleu, seconde moitié du XVIIIe siècle, Collection Matsuzakaya. Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum
Kosode à motifs de cascades et éventails
Seconde moitié du XVIIIe siècle, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum


Docteur, je sais que chaque kimono est un passage vers un ailleurs.
Je retournerai au Musée pour voir les autres kimonos avant la fin de l'exposition.
Un jour, j'arriverai à m'enfuir de l'autre côté.

Paravent à six panneaux représentant des kimonos suspendus (tagasode) (paravent droit) couleurs sur papier, première moitié du XIXe siècle, Collection Matsuzakaya. Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum
Paravent à six panneaux représentant des kimonos suspendus (tagasode) (paravent droit) couleurs sur papier
Première moitié du XIXe siècle, Collection Matsuzakaya.
Crédits : J. Front Retailing Archives Foundation Inc./Nagoya City Museum


samedi 11 mars 2017

Cultivons notre jardin et aidons les jeunes pousses à s'épanouir

Il y a de la photographie dans la famille de l'Oeil Curieux, qui ne se résume pas à ma fidèle accompagnatrice aux expositions, ma douce Madame L'Oeil Curieux.
Il y a aussi un beau frère photographe professionnel à Montréal.

Aujourd'hui, pour ce billet, il y a surtout Olivier, le neveu, apprenti photographe en formation.

Dans le cadre de ses études, il doit financer son exposition de fin d’année.

Il a choisi une approche que je trouve assez originale de la photographie culinaire.
Je ne suis pas friand (ah, ah, kolossal jeu de mot), généralement, de la photographie de studio (sans doute par jalousie ou frustration de ne pas avoir suivi de formation théorique de photographie).
Mais son travail sur les couleurs et les textures mérite d'y jeter un œil... curieux.

Cosmos  © Olivier Decker
Cosmos © Olivier Decker

Mitonner un projet photographique qui associe nourriture, couleurs et textures ne pouvait qu'attirer et attiser le regard de l'Oeil Gourmand, pardon de l'Oeil Curieux.

Bref, pour changer des appels aux dons pour la BNF et autres incitations à l'achat du dernier "100 photographies pour la Liberté de la Presse" de RSF, je vous propose d'aller sur le site d'Olivier voir quelques photographies, et si vous avez envie d'aider un jeune à financer son projet de fin d'études, d'aller sur le site pour le financement participatif de son exposition.

Les photographies d'Olivier sont ici.
Le financement participatif de son exposition est ici.

Avec le support des milliers d'abonnés de l'Oeil Curieux, l'exposition d’Olivier pourrait devenir l'exposition de l'année, ravalant « Icônes CÔNES de l'art moderne. La collection Chtchoukine » tenue récemment à la Fondation Louis Vuitton, au rang d'anecdote dans la vie culturelle parisienne des 20 dernières années.

samedi 4 mars 2017

Retour video vers le futur

À l'heure où l'image animée est omniprésente, avec des écrans qui se nichent jusque dans nos poches sur les smartphones, alors que le numérique dissout la frontière entre l'image captée de la réalité et l'image complètement fabriquée, il est agréable de se replonger dans les débuts de l'art vidéo.

Découvrir les œuvres de Peter Campus, réalisées dans les années 70, procure in fine les mêmes sensations que découvrir les œuvres de Georges Méliès.
Une magie opère et fait oublier les imperfections graphiques, l’archaïsme technique.
Ne subsistent alors que la fascination et le charme.

Les trois transitions sont toujours aussi étonnantes.


Elles ont aussi une qualité toute particulière avec le regard de l'artiste qui surveille régulièrement, sur un écran hors champ, l'image qui est en train d'être fabriquée.
Nous regardons l'image que fabrique l'artiste, et nous regardons l’artiste qui regarde l'image qu'il fabrique

Quant à RGB (Red Green Blue), l'oeuvre est une variation/étude sur le système de codage des couleurs à partir de l'addition de 3 couleurs fondamentales, le Rouge, le Vert et le Bleu.
L'artiste explore cette fabrication additive de couleurs, avec de simples filtres colorés, puis des éclairages de différentes couleurs et enfin avec le signal vidéo.



Mais la rétrospective du Jeu de Paume ne maintient pas le visiteur comme simple spectateur.
Nous entrons littéralement dans l'image avec les dispositifs interactifs comme « Interface (1972) », qui nous fait rencontrer notre monochrome reflet dans le miroir ou « Anamnesis (1973) », avec lequel un autre nous-même nous rattrape, surgi d'un passé vieux de 3 secondes.
Il faut expérimenter soi-même, mais aussi observer les autres visiteurs se confronter à leurs fantômes attardés.



Enfin, les récentes œuvres de Campus, maintenant en numérique, sont toutes autant innovantes, notamment sa vague (a wave, 2009), déstructurée en un rythme de pixels qui devient alors le mouvement même d'une vague, son essence dynamique.




- page 2 de 104 -