L'Oeil Curieux

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Tag - Photographe de guerre

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samedi 18 février 2017

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Vous penserez certainement que je cherche à me hausser du col, mais deux vers d'Aragon me sont venus à l'esprit alors que je réfléchissais à ce billet et que je parcourais les photographies récompensées lors du World Press Photo 2017.

D'abord pour introduire la photographie qui est mon coup de cœur et mon premier prix 2017.
Aragon écrivait : « L'avenir de l'homme est la femme. »
La silhouette hiératique d'Ieshia Evans, tendant les mains pour se faire arrêter lors d'une manifestation contre les violences policières, est d'une grande beauté.
Les policiers anti émeute, sombres hannetons patauds, semblent hésiter, presque reculer devant cette jeune femme au port altier, dont la robe vole avec légèreté.

Jonathan Bachman Taking a Stand in Baton Rouge
Jonathan Bachman Taking a Stand in Baton Rouge
Contemporary Issues, first prize singles

Ensuite pour le titre du billet, avec cette question lancinante qui revient sans cesse alors que les photographes rapportent les horreurs et malheurs du monde.
Bien sur, c'est le propre du photojournalisme de montrer les guerres et l'actualité, souvent violente.
Mais j'ai l'impression que chaque année est pire que la précédente.
Que ce soient des images des guerres en Syrie et en Ukraine, de la mort d'un dictateur à Cuba, de la guerre folle contre la drogue aux Philippines, de la pauvreté derrière le beau décor au Brésil, ou encore de la terre et de la faune meurtries par nos mains, est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Tomás Munita Cuba on the Edge of Change
Tomás Munita Cuba on the Edge of Change
Daily Life, first prize stories

Peter Bauza Copacabana Palace
Peter Bauza Copacabana Palace
Contemporary Issues, third prize stories

Daniel Berehulak They Are Slaughtering Us like Animals
Daniel Berehulak They Are Slaughtering Us like Animals
General News, first prize stories

Valery Melnikov Black Days of Ukraine
Valery Melnikov Black Days of Ukraine
Long-Term Projects, first prize stories

Abd Doumany Medics Assist a Wounded Girl
Abd Doumany Medics Assist a Wounded Girl
Spot News, second prize singles

Francis Pérez Caretta Caretta Trapped
Francis Pérez Caretta Caretta Trapped
Nature, first prize singles

Amber Bracken Standing Rock
Amber Bracken Standing Rock
Contemporary Issues, first prize stories

Pour le premier prix officiel, dont l'attribution ne me satisfait pas, vous pouvez voir la photographie et un article sur le site de Polka Magazine (que je recommande au passage).

Post-scriptum
vous pouvez cliquer sur les photographies : cela vous dirigera vers les pages correspondantes du site du World Press Photo 2017.

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.
Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faÏence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Louis Aragon




dimanche 17 avril 2016

La beauté du fer

J'aurais pu consacrer mon billet aux images de Christine Spengler, photographe de guerre que j'ai récemment découverte dans un documentaire d'Arte sur les femmes photographes de guerre.

J'ai beaucoup aimé ses clichés de théâtres de conflit, qui la placent aux cotés de ses illustres consoeurs, Lee Miller, Gerda Taro, Alexandra Boulat ou Camille Lepage.
Christine Spengler  La mariée libanaise, Beyrouth Ouest, Liban, 1996
La mariée libanaise,
Beyrouth Ouest, Liban, 1996
© Christine Spengler / Corbis

Mais j'ai beaucoup moins aimé ses créations récentes, photomontages chargés qui ne me parlent pas.

J'aurais pu parler des nobles portraits de roms, magnifiquement captés par Jean-François Joly.
L'Europe, depuis longtemps, ne sait pas gérer ses propres migrants.
© Jean-François Joly
© Jean-François Joly

J'aurais tout aussi bien pu traiter de la Chine, parcourue, photographiée et aimée par Patrick Zachmann.
Il brosse un portrait amoureux de l'Empire du Milieu entre 1982 et aujourd'hui, avec Tian’anmen, la modernisation à marche forcée et le choc des générations.
Sa série sur l'irruption de paysages publicitaires à l'occasion des grandes opérations immobilières illustre à merveille la persistance de la propagande, jadis communiste, aujourd'hui capitaliste.
 © Patrick Zachmann / Magnum Photos
© Patrick Zachmann / Magnum Photos

Mais finalement, j'ai retenu de ma riche visite à la MEP, les paysages industriels d'Alain Pras.
Je ne connaissais pas ce photographe mais nous étions déjà frères.

Mon fond d'écran, sur mon ordinateur professionnel est une image que j'ai prise sur le Port de Québec.
Il interpelle souvent mes collègues qui ne le trouvent pas « beau ».
il est vrai que ce n'est pas le paysage couramment exposé à un retour de vacances.
Je trouve dans l’agencement des formes, dans les couleurs, une puissance esthétique qui m'attire.

Bleu pour Bernd & Hilla Becher / Blue for Bernd & Hilla Becher

Bleu pour Bernd & Hilla Becher
© Le Photo Flaneur

Je retrouve ce même regard chez Alain Pras.
© Alain Pras
© Alain Pras

Nous partageons la même tendresse pour la rouille qui ronge la tôle.
© Alain Pras
© Alain Pras

Rouille I / Rust I

Rouille
© Le Photo Flaneur

Nous sommes les frères qui voyons la beauté dans les poutres rivetées, dans un modeste feu bicolore ou dans la perspective froide d'une installation portuaire.
© Alain Pras
© Alain Pras

© Alain Pras
© Alain Pras





dimanche 29 novembre 2015

Le Grand Robert illustré

Il y avait comme un froid, une barrière (!) entre Reporters Sans Frontières et moi depuis quelque temps.
Pas avec l'organisation en elle-même, mais avec les albums photo qu'elle publie.

Mon dernier billet sur RSF traitait de la sortie de l'album avec les photographies de Lindberg.
Depuis, j'avais laissé de coté les ours polaires sur la banquise (100 photos du National Geographic), les héros en tout genre (100 héros pour la liberté de la presse) et j'avais bullé sur les images de Jean Marie Périer, c'est fou.

Mais, avec le spécial n°50, nous sommes en plein réchauffement photographique.
Une larme a perlé au coin de mon Oeil Curieux quand j'ai vu sur Facebook, que le prochain album serait consacré au mythique photographe de guerre.

Participez à la production du 50ème album de Reporters sans frontières consacré à Robert Capa. De belles contreparties à...

Posté par Reporters sans frontières / Reporters Without Borders / RSF sur lundi 26 octobre 2015


Après avoir sorti mon mouchoir, j'ai alors sorti ma carte bancaire pour participer au crowdfunding (financement participatif dans la langue de Molière) finançant cet album.

Et l'album est arrivé il y a quelques jours dans la boite à lettres du contributeur kisskissbankbank que je suis devenu.

100 photos pour la liberté de la presse Robert Capa
100 photographies de Robert Capa !

Du Capa en noir et blanc, bien sur mais aussi en couleurs, comme le présente l'exposition du Jeu de Paume au Château de Tours, que je visiterai très certainement.

Le photographe de guerre est présent bien évidemment.
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos
Le capitaine Jay F. Shelley devant "The Goon", un bombardier B-17 de l’armée de l’air américaine, en partance pour un raid au-dessus de l’Italie, Tunisie, 1943
Robert Capa
International Center of Photography, New York.
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos
Sur la route de Nam Dinh à Thái Bình, Indochine (Viêtnam), mai 1954
Robert Capa
International Center of Photography, New York.
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

Mais aussi un photographe plus mondain, aux sujets légers.
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos
Une femme sur la plage, Biarritz, France, août 1951
Robert Capa
International Center of Photography, New York.
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

De toute façon, je suis un inconditionnel de Capa, sourd aux polémiques qui surgissent plus ou moins régulièrement, comme cet été sur ses clichés du débarquement.

Je suis tellement « groupie », que j'illustre même mon billet avec une photographie de mode !
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos
Un mannequin habillé en Dior sur les quais de la Seine, Paris, 1948
Robert Capa
International Center of Photography, New York.
© Robert Capa/International Center of Photography/Magnum Photos

De la mode oui, mais du Capa.
Il faut savoir assumer ses contradictions...

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